Dans ce second volet du focus consacré à la découverte d’un trésor, nous traitons des bonnes pratiques à adopter pour expertiser ou authentifier un bien découvert.
EXPERTISE ET AUTHENTIFICATION
- Pourquoi recourir à une expertise ?
L’avis d’un professionnel qualifié est essentiel pour expertiser, authentifier et évaluer un bien.
L’affaire du Cimabue l’illustre parfaitement : à l’occasion d’un inventaire réalisé avant un déménagement, un petit panneau de bois, en apparence anodin, est attribué, à la suite d’une expertise, à Cimabue, peintre italien du XIIIème siècle.
Estimé entre 4 et 6 millions d’euros, il est présenté aux enchères le 27 octobre 2019, et atteint finalement le prix de vente de 24 millions d’euros[1]. L’œuvre sera ensuite classée « Trésor national » [2] et sera finalement acquise par le Louvre en 2023[3].
- À qui confier l’expertise et/ou l’authentification ?
Il est possible de faire appel à différents professionnels pour expertiser et authentifier un objet :
- Les comités d’artiste: Ils réunissent des spécialistes de l’œuvre d’un artiste, dont la mission consiste, généralement, à rendre un avis sur l’authenticité des oeuvres. Le certificat d’authenticité, désigné comme « passeport de l’authenticité », atteste de la paternité d’une œuvre[4]. Si les comités d’artiste ne disposent pas d’un monopole en la matière, les certificats qu’ils délivrent présentent une valeur probante particulièrement importante sur le marché.
- Les experts: L’expérience et la réputation d’un expert dans un domaine, une période ou un artiste en particulier sont les critères essentiels qui fondent la légitimité de son avis sur la valeur d’un bien.
- Les commissaires-priseurs: Profession réglementée et soumise à des règles déontologiques[5], le commissaire-priseur peut procéder lui-même à l’expertise ou la confier à un expert, salarié de la maison de vente ou indépendant.
- Les marchands d’art et antiquaires: Leur connaissance d’un artiste et d’un marché en font des interlocuteurs privilégiés pour l’authentification et l’évaluation d’un objet.
- Quelle différence entre une expertise et une authentification d’œuvre d’art ?
L’authentification d’une œuvre d’art consiste à vérifier son origine, sa provenance, le contexte de sa création, sa matière, ou encore sa paternité[6]. L’obligation d’authentification d’une œuvre d’art par les opérateurs de ventes est prévue à l’article 1.2 du Code de déontologie des opérateurs de ventes[7].
L’expertise, quant à elle, établit les caractéristiques essentielles du bien, avec généralement une valorisation monétaire associée[8]. Si elle peut contribuer au processus d’authentification, notamment en fournissant des éléments techniques, elle en demeure distincte[9].
Un arrêt récent de la Cour d’appel de Paris illustre cette distinction[10].
En l’espèce, un particulier avait confié à une maison de vente un tableau attribué à Guillaumin pour expertise. L’expert sollicité par la maison de vente avait pu confirmer cette attribution. Une photographie du tableau avait ensuite été transmise au Comité Guillaumin, reconnu sur le marché pour authentifier les œuvres de cet artiste, mais celui-ci avait émis des réserves quant à son authenticité, précisant qu’un examen physique du tableau était nécessaire pour se prononcer de manière définitive.
Au vu de ces avis, la maison de vente avait informé le propriétaire de l’œuvre de la nécessité d’un complément d’expertise, ce que ce dernier n’avait toutefois pas entrepris, préférant la céder pour un montant de 200€. Quelques mois plus tard, l’œuvre était revendue aux enchères pour un prix de 27.000€, accompagnée d’un certificat d’authenticité.
Le propriétaire a alors assigné la maison de vente pour faute dans l’exécution de son mandat d’expertise. Les juges ont toutefois rejeté ces demandes en considérant que celle-ci avait satisfait à son obligation de diligence en apportant tous les soins nécessaires à sa mission qui était celle d’expertiser le tableau et non de « faire vérifier [son] authenticité […] ». Ils ont également relevé qu’elle avait informé le propriétaire de la nécessité d’un complément d’expertise, respectant ainsi son obligation d’information.
Cette décision suggère qu’en l’absence de stipulation expresse relative à une mission d’authentification et dès lors que sont respectées les règles de diligence et d’information incombant aux opérateurs de vente, un manquement ne saurait être reproché à une maison de vente pour ne pas avoir authentifié une œuvre dans le cadre d’un mandat limité à l’expertise.
****
En conclusion, la découverte d’un trésor doit nécessairement s’accompagner d’une démarche consistant à faire expertiser et, le cas échéant, authentifier l’objet découvert.
Dans ce contexte, le choix du professionnel chargé d’intervenir est déterminant. Il doit prendre en compte le niveau de garantie et d’accompagnement recherché, notamment en perspective d’une éventuelle mise en vente. Il est alors essentiel de définir, en amont, ses attentes et l’étendue précise de la mission confiée (expertise, authentification, simple avis, évaluation en vue d’une vente…) afin de s’adresser à l’interlocuteur compétent et de bénéficier d’un accompagnement adapté.
Vous souhaitez faire expertiser un objet ? Voici nos conseils :
- Choisir le professionnel approprié pour réaliser l’expertise
- Définir précisément les contours de la mission d’expertise
Chaque situation présente ses propres spécificités, n’hésitez pas à nous contacter afin que nous puissions vous accompagner dans ces démarches.
[1] Trésor national : redécouvert dans une cuisine, un rarissime tableau de Cimabue entre au musée du Louvre, Connaissance des arts, Anne-Sophie Lesage-Münch, 2 novembre 2023.
[2] Avis n° 2019-14 de la Commission consultative des trésors nationaux, J.O. du 22 décembre 2019, n°297.
[3] La Dérision du Christ – Louvre site des collections.
[4] Caron, Christophe. « Œuvre d’art – Le passeport de l’authenticité », Communication Commerce électronique n° 6, Lexis +, 1er juin 2021.
[5] Arrêté du 30 mars 2022 portant approbation du recueil des obligations déontologiques des OVV.
[6] Cornu, Marie et al. “Dictionnaire Comparé du Droit du Patrimoine Culturel », CNRS Editions, 2025, p.287
[7] Arrêté du 30 mars 2022 portant approbation du recueil des obligations déontologiques des opérateurs de ventes volontaires de meubles aux enchères publiques
[8] Memento Patrimoine 2025-2026, Dalloz, §15609
[9] Caron, Christophe. « Œuvre d’art – Le passeport de l’authenticité », Communication Commerce électronique n° 6, Lexis +, 1er juin 2021.












